ACTE II SCENE II
Roméo. - Si l'amour profond de mon coeur...
Juliette. - Ah ! ne jure pas ! Quoique tu fasses ma joie, je ne puis goûter à cette nuit toutes les joies de notre rapprochement; il est trop brusque, trop imprévu, trop subit, trop semblable à l'éclair qui a cessé d'être avant qu'on ait pu dire : il brille !... Doux ami, bonne nuit ! Ce bouton d'amour, mûri par l'haleine de l'été, pourra devenir une belle fleur, à notre prochaine entrevue... Bonne nuit, bonne nuit ! Puisse le repos, puisse le calme délicieux qui est dans mon sein, arriver à ton coeur !
Roméo. - Oh ! vas-tu donc me laisser si peu satisfait ?
Juliette. - Quelle satisfaction peux-tu obtenir cette nuit ?
Roméo. - Le solennel échange de ton amour contre le mien.
Juliette. - Mon amour ! je te l'ai donné avant que tu l'aies demandé. Et pourtant je voudrais qu'il fût encore à donner.
Roméo. - Voudrais-tu me le retirer ? Et pour quelle raison mon amour ?
Juliette. - Rien que pour être généreuse et te le donner encore. Mais je désire un bonheur que j'ai déjà : ma libéralité est aussi illimitée que la mer, et mon amour aussi profond : plus je te le donne, plus il me reste, car l'une et l'autre sont infinis. (
On entend la voix de la nourrice). J'entends des bruits dans la maison. Cher amour, adieu ! J'y vais, bonne nourrice !... Doux Montague, sois fidèle. Attends un moment, je vais revenir. (
Elle se retire de la fenêtre).
Roméo. - Ô céleste, céleste nuit ! J'ai peur, comme il fait nuit, que tout ceci ne soit qu'un rêve, trop délicieusement, flatteur pour être réel.